Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 13:11

Chers amis.

Je vous fait lire quelques morceaux choisis du livre que publie Fanny Pigeaud, sur le Cameroun. "Au Cameroun de Paul Biya" aux éditions Khartala.

Fanny Pigeaud est journaliste à L'AFP. Ce livre donne si besoin etait plusieurs raisons de dire non à Paul Biya qui en 29 ans de pouvoir sans partage à piller le Cameroun, aussi bien sur le plan social, économique que politique. à découvrir sur Amazone.fr... Je ne vous livrerai que quelques pages de cet ouvrage ô combien bien écrit et qui détaille parfaitement le besoin sinistre de monsieur Biya de laisser exsangue ce pays au détriment des camerounais qui ne demandent qu'à vivre dignement.


Introduction

Les Occidentaux connaissent en général très peu le Cameroun. Tout juste savent-ils qu’il est le pays d’origine de footballeurs talentueux comme Roger Milla ou Samuel Eto’o Fils, et que son équipe nationale des « Lions indomptables » participe régulièrement à la Coupe du monde de football. La plupart des Africains sont souvent tout aussi ignorants, même s’ils constatent que la réputation des ressortissants camerounais s’est considérablement dégradée au cours des dix dernières années, les faisant souvent passer pour des individus évoluant dans le registre de l’escroquerie. Cette méconnaissance s’explique par la quasi absence du Cameroun sur la scène politique internationale mais aussi dans l’actualité: depuis de nombreuses années, le pays n’intéresse pas les journalistes étrangers. Il occupe pourtant une position centrale dans le golfe de Guinée, paradis des compagnies pétrolières et minières. Avec un accès à la mer, des terres extrêmement fertiles dans des climats diversifiés, de grandes ressources naturelles et humaines, il est aussi l’un des États les mieux dotés du continent africain. Les grandes puissances européennes ne s’y sont d’ailleurs pas trompées: plusieurs d’entre elles l’ont fortement convoité, si bien qu’il a eu à subir trois colonisateurs différents avant d’être le seul territoire d’Afrique subsaharienne occupé par la France à connaître une guerre de libération, passée sous silence dans les manuels d’Histoire des écoliers français et camerounais. Mais en dépit de ses richesses exceptionnelles, les performances économiques et sociales du Cameroun, qui compte 20 millions d’habitants, sont loin d’atteindre le niveau qu’on pourrait attendre de lui. En 2010, le taux de croissance du pays était seulement de 3,2%, ce qui le plaçait à la traîne de sa région, dont il devrait pourtant être le moteur, à l’instar de ce qu’a longtemps été la Côte d’Ivoire pour l’Afrique de l’Ouest. Le président du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), la 6 AU CAMEROUN DE PAUL BIYA principale organisation patronale, a relevé que les performances économiques du Cameroun se situaient en deçà de la moyenne mondiale (4,8 %), africaine (5%) et sous-régionale (4%): « Notre pays est l’un des moins performants du monde et ses résultats sont en déphasage avec le potentiel que tout le monde lui reconnaît  », a-t-il déploré. Quelques mois plus tôt, la Banque mondiale avait relevé que la croissance réalisée par le pays était « décevante » et qu’il était en retard pour l’atteinte de la plupart des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), notamment une « inégale distribution des ressources ». De plus, selon l’indice de perception du climat des affaires « Doing Business» de l’institution financière internationale, le Cameroun était classé au 168e rang sur 183 pays en 2011. Il était aussi considéré comme l’un des États les moins compétitifs (111e pays sur 133) par le Global Competitiveness Index du Work Economic Forum(WEF). L’incapacité du Cameroun à relever le défi économique n’est pas due au hasard ou à une conjoncture internationale défavorable, même s’il a eu à subir des chocs externes importants. Elle est liée aux conditions désastreuses de son accession à l’indépendance et à la très faible qualité du leadership politique qui en a découlé. Cette dernière fait du Cameroun un cas particulier: il n’a connu que deux présidents depuis son indépendance, en 1960. Le premier, Ahmadou Ahidjo, est resté au pouvoir pendant 22 ans. Si, sous sa présidence, le pays a joui d’une très bonne santé économique, au point que certains ont parlé de « miracle camerounais », sa gestion autoritaire et patrimoniale, décrite par plusieurs auteurs, a planté une partie des germes de la situation actuelle, comme l’expliquait dans les années 1970 le politologue Jean-François Médard. C’est cependant la gouvernance du successeur d’Ahidjo, Paul Biya, arrivé au pouvoir en 1982, qui a mené le pays vers le bas de tous les classements économiques et sociaux. Tout en conservant et en accentuant les principaux traits du régime Ahidjo, Biya en a introduit d’autres: une grave tendance à l’incurie, à l’inertie et à la criminalisation. L’ensemble a abouti à un système largement improductif et paradoxal: depuis bientôt 30 ans, les Camerounais sont soumis à la toute puissance de leurs dirigeants qui font tout pour se maintenir au pouvoir sans pour autant gouverner. Ce régime à la fois autoritaire et laxiste a peu à peu fait du Cameroun un drôle de pays. Beaucoup de ses ressortissantsvivant à l’étranger témoignent de la difficulté à faire comprendre son quotidien souvent surprenant. « Quand j’essaie d’expliquer à mes collègues ce qui se passe au Cameroun, j’ai toujours l’impression qu’on croit que je raconte des histoires, que je mens », confie un journaliste camerounais travaillant au siège régional d’une agence de presse internationale installée dans un autre État africain. Pourtant, le Cameroun est bien un pays où il peut se passer deux ans sans que le président de la République préside un conseil des ministres; où le patron de la police peut faire emprisonner des innocents pour couvrir les coupables d’un meurtre; où lorsqu’un citoyen téléphone en urgence à la police pour signaler l’agression d’une femme dont il vient d’être le témoin et donner la description des fautifs, il s’entend répondre : « Mais laissez la femme se plaindre elle-même! De quoi vous mêlez-vous ? », avant de se faire raccrocher au nez; où le chef de l’État paie en valises de cash le ravitaillement en kérosène de l’avion qui le transporte; où l’on peut louer, pour une somme dérisoire, l’arme d’un policier ; où l’on met deux jours à retrouver la carcasse d’un Boeing 737-800 qui s’est écrasé, avec ses 114 occupants, trente secondes après son décollage; où moins de trois mois avant une élection présidentielle, personne ne sait à quelle date le scrutin aura précisément lieu et aucune des deux grandes formations politiques, le parti présidentiel et le principal parti d’opposition, n’a de candidat déclaré... Dans ce Cameroun, qui semble naviguer sans tête et sans but, les jeunes, soit la moitié de la population, ne parviennent plus à s’imaginer un avenir. Leur profond désarroi s’est exprimé en février 2008: pendant quatre jours, des centaines d’entre eux ont occupé les rues de plusieurs villes pour protester contre leurs conditions de vie toujours plus difficiles et contre un projet derévision constitutionnelle visant à permettre à Biya d’être candidat à l’élection présidentielle de 2011. Affirmant que « Biyadoit partir ! », ils ont bloqué la circulation, dressé des barrages de pneus enflammés, improvisé des marches, pillé des commerces, brûlé des véhicules, saccagé les locaux d’entreprises privées ainsi que des bâtiments publics. « Tuez-nous, nous n’avons pas peur de mourir: nous sommes déjà morts ! »,disaient certains d’entre eux face aux forces de sécurité. Même Yaoundé, la capitale politique d’ordinaire acquise au pouvoir, a été prise dans la colère populaire: des jeunes sont arrivés jusqu’aux portes du palais présidentiel. Les autorités ont violemment réagi: dès les premières heures du mouvement démarré à Douala, la capitale économique, elles ont fait tirer à balles réelles sur les manifestants. Selon un bilan officiel, 40 personnes ont été tuées, au moins 139 d’après des ONG. La contestation a pris fin avec le déploiement de chars de l’armée dans les rues de la capitale. Moins de deux mois plus tard, l’Assemblée nationale, dominée par le parti présidentiel, a adopté l’amendement à la Constitution supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels. Malgré leur extrême gravité, les troubles de 2008 sont en grande partie passés inaperçus à l’étranger, illustrant une nouvelle fois le peu d’intérêt suscité par le pays. Aucune chaîne de télévision occidentale, par exemple, ne s’est rendue sur place pour en rendre compte. Cette enquête lève une partie du voile qui recouvre le Cameroun. En donnant la parole à de nombreux acteurs et en s’appuyant sur plusieurs années d’observation sur le terrain, elle décrit la réalité singulière que vivent les Camerounais et l’état de leur pays, après près de trente années passées sous la présidence de Paul Biya. Elle décrypte les rouages de son système de gouvernance et analyse les ressorts de l’exceptionnelle longévité au pouvoir du chef de l’État, parmi lesquels figurent une corruption record, la manipulation des identités ethniques, l’entretien des divisions au sein de l’élite dirigeante, le soutien de la France... Elle montre que le Cameroun est victime de la stratégie de maintien au pouvoir d’un homme cynique et guidé par la recherche de son seul profit, de la complicité de la communauté internationale qui, soucieuse de protéger ses intérêts, fait son jeu, et du renoncement des Camerounais à arracher leur liberté. Cette synthèse des « années Biya » devrait aider les jeunesCamerounais à mieux connaître et à comprendre le cheminement de leur pays, dont la mémoire historique, même récente, est très peu entretenue, et ce alors qu’une époque est sur le point de s’achever. En effet, même si Biya, âgé de 78 ans en 2011, semble vouloir – il ne l’a pas encore officiellement dit – se présenter à l’élection présidentielle prévue en octobre 2011 et ainsi prolonger son long séjour à la tête de l’État, il n’est pas éternel :chaque jour rapproche le Cameroun du moment où le pouvoir changera de mains et où les Camerounais devront, s’ils veulent donner un avenir à leurs enfants, faire le bilan des décennies passées.

Partager cet article

Repost 0
Published by Aurelien lea marla
commenter cet article

commentaires

Henry BOKO 13/09/2011 17:18


Fanny Pigeaud est mal placé en tant que journaliste français à dicter aux camerounais le choix de leurs opinions et le choix de leur candidat ou de leur président de la république. Nous savons ce
que nous faisons, l'heure du diktat colonial est dépassée. Laissez-nous résoudre nos problèmes.Pas besoin de Pigeaud.


Aurelien lea marla 22/09/2011 17:54



Il ne faut pas être camerounais pour parler du Cameroun comme il ne faut pas être français pour parler de la France. Je rappele que les journalistes camerounais, parlent regulièrement de ce qui
se passe à l'exterieur alors, Fanny Pingeaud, comme n'importe qui peut apporter sa vision des choses sur le Cameroun comme elle l'apporterait aussi pour Israel ou la Lybie, ou même encore le
Danemark



Présentation

  • : Le blog de aurelienlea.over-blog.com
  • Le blog de aurelienlea.over-blog.com
  • : Espace d'échange et de partage de nouvelles, d'idées, d'expériences et d'informations.
  • Contact

Recherche

Liens