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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 19:53

Un espoir nommé Biya

 

Avec la bénédiction de son prédécesseur, Biya est ainsi devenu à 49 ans le second président du Cameroun. Pur produit de la politisation de la bureaucratie opérée par Ahidjo, il avait gravi auparavant tous les échelons du pouvoir sans avoir jamais eu de mandat électif: né à Mvomeka’a (sud) en 1933 dans une famille de paysans dont le père était aussi catéchiste, Biya avait d’abord été élève au petit séminaire Saint-Tharcissius d’Édea (sud) puis au séminaire d’Akono, avant de rejoindre le lycée Leclerc de Yaoundé. Après son baccalauréat, il était allé en France y poursuivre ses études, à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’Institut des hautes études d’Outre-mer. C’est là qu’il avait été repéré par un de ses enseignants, Louis-Paul Aujoulat, toujours très influent sur la scène politique camerounaise. Ce dernier l’avait par la suite recommandé à Ahidjo.Ason retour au Cameroun en 1962, le jeune Biya avait de cette façon intégré directement la présidence de la République comme « chargé de mission ». Il avait été nommé directeur de cabinet, puis secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Culture. En 1967, il était devenu le directeur du Cabinet civil du président, dont il avait ensuite cumulé la fonction avec celle de secrétaire général de la présidence, avant d’être nommé Premier ministre en 1975. À cause de cette carrière passée dans les bureaux, Biya était peu connu de la majorité des Camerounais en 1982. Mais les rares éléments dont disposaient à son sujet ses compatriotes leur semblaient positifs. Biya leur apparaissait d’abord être un homme simple. Ils se souvenaient l’avoir vu, Premier ministre, faire du vélo le samedi dans Yaoundé avec son ami Joseph Fofé (devenu plus tard ministre des Sports). Il était aussi réputé intègre: on ne lui connaissait ni propriété luxueuse au Cameroun ou à l’étranger, ni dépenses extravagantes, ni implication dans des affaires financières douteuses. Bien qu’il ait été longtemps un proche collaborateur d’Ahidjo, son arrivée à la tête de l’État a été par conséquent accueillie avec beaucoup de soulagement par la plupar des Camerounais, qui espéraient que les années de peur permanente imposées par Ahidjo allaient prendre fin....

En 1977, le Cameroun a connu un important changement: il est devenu officiellement producteur de pétrole. Exploité par la compagnie française ELFSerepca et par Pecten, filiale américaine du groupe Shell, l’or noir est immédiatement devenu le moteur de l’économie: de 50000 tonnes en 1977, la production pétrolière est passée à 6 millions de tonnes en 1982, représentant environ 60% des exportations nationales. En 1981, l’État a construit à Limbé (sudouest)  une raffinerie, la Société nationale de raffinage (Sonara). Boosté par le pétrole et la production agricole, le taux de croissance, en moyenne de 4% entre 1965 et 1977, a atteint 13% par an jusqu’en 1981. Classé dans la catégorie des pays à revenus intermédiaires par la Banque mondiale, le Cameroun était alors l’un des États du continent africain qui se portaient le mieux. Les fonctionnaires, notamment, bénéficiaient de très bons salaires et de nombreux avantages. Ce n’était  cependant pas suffisant pour faire oublier aux Camerounais la terreur que leur inspirait Ahidjo: en 1980, Amnesty International estimait qu’il y avait plus de 200 prisonniers politiques, dont certains incarcérés depuis près de 20 ans, « sans le moindre chef d’inculpation », sans « procédure judiciaire » et « sans la moindre possibilité de recours ». « L’envergure des violations des droits de l’homme au Cameroun demeure très préoccupante », disait l’ONG, dénonçant des brimades infligées par les geôliers et des pratiques de « torture à l’électrochoc pendant les interrogatoires.....

Toutes ces mesures, et son engagement au changement ont valu à Biya une très grande popularité à ses débuts. « Pour la première fois depuis l’indépendance, une mobilisation se déclenchait spontanément en faveur du pouvoir en place », rapporte Luc Sindjoun35. On parlait alors de « biyamania ». Biya « avait le soutien d’un peuple débarrassé de son tyran et qui manifestait son enthousiasme dans les rues. Il avait le soutien des milieux d’affaires (...). Il avait le soutien de l’armée », résumait en 1987 Siméon Kuissu, de l’UPC en exil36. Même cette dernière, au début méfiante37, s’est finalement montrée aussi enthousiaste: en janvier 1983, ses responsables ont écrit au président pour saluer sa volonté d’ouverture et lui proposer d’élaborer avec lui « une politique de changement dans la stabilité ». En visite officielle à Paris en février 1983, Biya a déclaré de son côté, depuis leperron de l’Élysée : « L’UPC en tant que telle n’a aucune existence légale au Cameroun. Mais je sais qu’il y a des Camerounais qui se réclament de cette appellation, dont certains se trouvent en France. Mais je dis que s’ils veulent rentrer au Cameroun, ils peuvent le faire. » Encouragés par ce discours, si différent du langage dur d’Ahidjo, beaucoup d’exilés politiques ont décidé de revenir au Cameroun. L’avenir du pays s’annonçai talors plutôt bon.

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Published by Aurelien lea marla
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