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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 16:33

Crispations.

Énigmatique Biya

 

À son arrivée au pouvoir, peu d’observateurs imaginaient que Biya tiendrait longtemps: il semblait timide, mal à l’aise, sa voix éraillée le faisait passer pour un faible. « On ne me donnait, au départ, que six mois de survie et, dans le fond, on n’avait pas tort. Toute la sécurité avait été mise en place par mon prédécesseur et lui était dévouée. “Comment osez-vous dormir ici !”, s’inquiétaient mes amis. Vous voyez, j’ai survécu », confiait-il en 1999. La manière dont il a géré ses dix premières années au pouvoir a finalement laissé à voir aux Camerounais un Biya bien différent de l’idée qu’ils s’en faisaient au début de sa présidence. Au fur et à mesure que les années sont passées, il est devenu de plus en plus lointain, de plus en plus énigmatique: le temps est loin où on le voyait faire du vélo dans Yaoundé. Depuis 1984, Biya s’est retranché dans sa forteresse, devenant peu à peu quasiment invisible pour ses concitoyens et même pour la plupart de ses collaborateurs. Les conférences de presse qu’il a tenues et les interviews qu’il a accordés, en près de trente années de présidence, se comptent sur les doigts d’une main. Il se montre rarement en public: en général, les Camerounais le voient au défilé militaire qui marque la journée du 20 mai, fête nationale, et de temps en temps en Une du quotidien d’État Cameroon Tribune à l’occasion d’une audience accordée à un ambassadeur ou à un industriel étranger de passage. Ils peuvent l’entendre chaque année à trois reprises: lors de ses discours traditionnels, prononcés à la fin de l’année, au moment de la « fête de la jeunesse » du 11 février, et lors de l’anniversaire de son arrivée au pouvoir, le 6 novembre. Mais, remarque un analyste, dans toutes ces adresses à ses concitoyens, « Biya parle des affaires de son pays comme s’il était un observateur extérieur. Il a des tournures étonnantes comme “je constate que”, “il me semble que”. Ces formulations sont très révélatrices: elles montrent qu’il ne se sent pas concerné. On dirait qu’il est Zimbabwéen et qu’il parle de la Chine ». Jamais le président ne se déplace à l’intérieur du pays, sauf pour se rendre dans son village natal de Mvomeka’a ou de manière furtive pendant les campagnes présidentielles. En 2010, il a fait par exemple une seule visite officielle: il s’est rendu à Bamenda pour la célébration du Cinquantenaire de l’armée mais aussi pour préparer le terrain de l’élection présidentielle de 2011. Il n’était pas allé dans cette importante cité du Nord-Ouest depuis 1991. Bamenda est cependant la ville qui l’a vu le plus souvent: en près de 30 ans, Biya s’y est rendu cinq fois (1983, 1984, 1985, 1991 et 2010). Il n’est pas allé à Douala, capitale économique et plus grosse métropole du pays, depuis 1991. Il est cependant passé en octobre 2010 par son aéroport, situé à la sortie de la ville, sur la route qui conduit à Yaoundé: son avion, n’ayant pas pu se poser à Yaoundé, a dû y faire un atterrissage forcé. Biya et son épouse ont dû rallier dans la nuit la capitale à bord du véhicule du gouverneur de la région du Littoral, dont dépend Douala. Ils ont à cette occasion emprunté « l’axe lourd » reliant la cité portuaire à Yaoundé, la route la plus empruntée et accessoirement la plus meurtrière du pays en raison de l’incivisme des automobilistes mais aussi parce qu’aucun investissement n’a été réalisé pour l’adapter au niveau du trafic. « Inédit :Paul Biya découvre l’axe lourd », a titré à l’occasion le quotidien Mutations, expliquant que ce retour effectué de nuit était probablement dû au mauvais état de la résidence présidentielle de Douala. En temps ordinaire, les seules sorties de Biya sont à destination de l’aéroport international de Nsimalen, à une vingtaine de kilomètres du palais présidentiel d’Étoudi, ou de Mvomeka’a où il a développé une exploitation d’ananas et fait construire un terrain de golf et où il séjourne souvent40. Il arrive régulièrement que ses concitoyens ne sachent pas où il se trouve pendant plus jours, voire plusieurs semaines. « Où est passé Biya ? », demandait en octobre 2009 le quotidien Mutations, six jours après le départ du chef de l’État de l’Assemblée générale de l’ONU à New-York « pour une destination inconnue ». Fin juillet 2010, le journal privé Le Messager titrait à son tour : « Mais où est donc passé Paul Biya ? », aucune nouvelle n’ayant été donnée du président depuis sa participation aux cérémonies officielles du 14 juillet à Paris. En novembre 2010, même scénario : « Où est donc passé Paul Biya ? », s’est interrogé de nouveau Mutations. La plupart du temps, le président se trouve en réalité en Suisse, à l’hôtel Intercontinental de Genève. Un quotidien privé a calculé qu’il y avait résidé avec sa femme pendant trois des six derniers mois de l’année 2008. Il reste souvent parfois jusqu’à 44 jours d’affilée à l’extérieur du Cameroun, la limite légale prévue par la Constitution avant une constatation de vacance dupouvoir. Ses longs séjours suisses ont amené ses compatriotes à le surnommer « le vacancier », « le roi fainéant » ou à railler laformule officielle utilisée pour annoncer ses départs « pour un bref séjour privé en Europe » : à son retour, ses détracteurs le disent ainsi « en court séjour privé au Cameroun ». Il est difficile pour les Camerounais de voir ses réalisations et de connaître la nature de ses activités. Il préside en moyenne un seul conseil des ministres par an et souvent moins. Certains de ses ministres ne le rencontrent jamais. Les rares rendez-vous marqués sur son calendrier sont très souvent reportés ou supprimés, sans explication. En 2005, Biya a ainsi annulé, à la dernière minute, la visite d’État qu’il devait effectuer au Japon. Il en est de même pour les événements qui nécessitent son approbation: des « états généraux de la communication » annoncés pour le 10 octobre 2010 ont été reportés, Étoudi n’ayant pas réagi pour marquer son accord à leur tenue. Plus surprenant, les élections législatives de 2002 ont été, après un premier report de six mois, différées d’une semaine alors que les bureaux de vote... étaient déjà ouverts. De nombreuses décisions sont aussi prises au bout de plusieurs mois, ce qui aboutit à des situations incongrues. Début 2011, un décret présidentiel a ainsi nommé un mort comme sous-préfet dans le département du Nkam: l’homme était décédé en mai 2010, c’est-à-dire entre le moment – février 2010 – où les textes de nomination ont été portés à la présidence – et celui où Biya les a finalement signés, en janvier 201141. Biya ne participe que très rarement aux rencontres internationales et encore moins à celles qui réunissent ses homologues africains. C’est de manière très exceptionnelle qu’il a été présent au sommet annuel des chefs d’État de l’Union africaine (UA, ex-Organisation de l’unité africaine) organisé en juin 2011 en Guinée équatoriale. Il n’avait pas assisté à une telle réunion depuis 1996, date à laquelle ce rendez-vous s’était tenu au Cameroun. Il n’avait même pas daigné participer à celui de 1997 à Harare, où il aurait pourtant dû passer le relais de la présidence de l’organisation, qu’il venait d’assurer pendant un an. Début 2011, il a été fortement question qu’il aille au sommet prévu à Addis Abeba. L’annonce a même été faite officiellement. L’ordre du jour de cette réunion était alors chargé et important, en raison des graves crises graves secouant la Côte d’Ivoire, l’Égypte et la Tunisie. « Pour la première fois depuis 1996, le chef de l’État devrait prendre part aux travaux de l’organisation panafricaine qui s’ouvre ce week-end dans la capitale éthiopienne », se réjouissait la presse42. Quelques jours plus tard, le 1er février, un journaliste constatait : « Les habitués des rencontres internationales où le président camerounais est attendu savent qu’il est rarement aux côtés de ses pairs africains, lorsque d’importantes décisions touchant la marche du continent sont prises. Attendu, sans grand espoir, au 14e sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine qui se déroule depuis hier, Paul Biya n’est pas venu » Le même jour, le président et sa femme partaient plutôt « pour un court séjour privé » en Europe, selon le quotidien d’État Cameroon Tribune. Ce dernier décrivait pour l’occasion le rituel et le folklore marquant habituellement les départs et retours du président : vingt minutes de « brefs entretiens » entre Biya et « des proches collaborateurs » au « pavillon d’honneur » de l’aéroport, avec « tam-tams et chants exécutés en face du pavillon d’honneur », puis le président est salué alors qu’il marche sur le « tapis rouge qui le mène vers la passerelle » par un « parterre de personnalités », dont le Premier ministre, le ministre d’État et secrétaire général de la présidence de la République, le premier vice-président de l’Assemblée nationale, etc. « C’est sous les yeux de tous ces responsables que l’avion décolle peu avant midi », a conclu le journal. Les journalistes n’ont pu faire que des supputations pour expliquer l’absence de Biya à Addis Abeba: « Le mystère plane, même si dans l’entourage du chef de l’État on est habitué à ses volte-face de dernière minute. Un responsable du cabinet civil évoque, sans trop y croire, les développements de la situation en Égypte: “Il demandait à être régulièrement informé de la situation et il a semblé s’agacer de ce que, comme Ben Ali quelques deux semaines auparavant, Hosni Moubarak ait rapidement cédé aux revendications populaires en nommant un vice-président de la République, poste prévu depuis de longues années par la Constitution mais jamais pourvu, et en changeant de Premier ministre.” Cela peut-il expliquer qu’il ait refusé en dernièreminute de faire un déplacement pour lequel il avait déjà fait prendre des rendez-vous? Une autre hypothèse est avancée par une source généralement bien informée à la présidence de la République et ayant l’habitude de préparer des dossiers diplomatiques: “Le conflit ivoirien semble embarrasser le président, surtout dans sa phase actuelle où la situation peut basculer à tout moment. Étant informé de ce qu’il y avait deux ministres ivoiriens des Affaires étrangères à Addis-Abeba, il se demandait quelle attitude avoir dans ces conditions là” »

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Published by Aurelien lea marla
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Wankam 21/09/2011 14:20


Depuis son arrivé au pouvoir,en effet, trop de gens font l'erreur d'entrer très souvent Paul Biya et de pronostiquer sur la brièveté de son règne.C'est une erreur que beaucoup ont reconduit en
2011.Tant que le peuple aura besoin de lui, Biya, sera toujours là, comme c'est le cas maintenant.


Aurelien lea marla 22/09/2011 17:51



Personne ne fait des pronostics qur la bièveté du macabre règne de biya. Les camerounais espèrent juste se debarrasser de lui. Le souhait de la fin du ténébreux règne de biya n'est  qu'une
aspiration à l'équité, à la justice, à une vie meilleure.



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