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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 01:00

L’État RDPC

 

Le RDPC (Rassemblement Démocratique, Du peuple Camerounais) ironiquement ou fatalemeent rebaptisé Rassemblement de Pilleurs Du Cameroun, est le parti au pouvoir au Cameroun. Il règne et est présent dans toutes les sphère de la vie publique caerounaise. 

 

Depuis les premières législatives multipartites de 1992 qui l’avaient mis en difficulté, le RDPC a opéré une remarquable remontée : à l’issue des élections de 2007, il a remporté 153 des 180 sièges de députés mis en jeu, ce qui lui a donné le contrôle quasi total de l’Assemblée nationale. Sa domination de la scène politique n’est cependant pas due à une large adhésion des Camerounais à ses idées ou à ses réalisations: même s’il a pris conscience pendant les « années de braise » de son impopularité et de son illégitimité, il n’a pas changé ses méthodes de fonctionnement et n’a pas cherché à concevoir et appliquer un projet de société qui aurait pu séduire ses concitoyens. Celui de Biya de construire une société juste et solidaire exposé dans un petit ouvrage, Pour le libéralisme communautaire, paru en 1987, est resté dans les cartons. Pour assurer sa suprématie, le RDPC a plutôt choisi de déployer une large panoplie de stratégies visant à étouffer toute opposition. Pour commencer, il n’a pas desserré son étreinte sur l’appareil administratif: comme à la période de parti unique, il le contrôle totalement, grâce au pouvoir de nomination de Biya. Le président continue ainsi à faire et défaire les carrières des hauts fonctionnaires, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Il a lui-même expliqué le système dans une interview radio-télévisée, accordée au rédacteur en chef de la Cameroon Television (CTV)1 en 1987: « En ce qui concerne les emplois dits supérieurs, ils sont essentiellement révocables: c’est-à-dire que la révocabilité est inscrite dans leur essence. En termes plus clairsle chef de l’État peut révoquer les titulaires de ces fonctions à tout moment, en toute discrétion, sans avoir d’explication à donner à qui que ce soit. Dans le jargon juridique de mon temps, on disait : ce sont des fonctions révocables ad libitum: c’est-àdire, monsieur Éric Chinje, que je peux opiner de la tête, et vous n’êtes plus rédacteur en chef de la CTV. Je n’ai pas à expliquer quoi que ce soit à ce sujet », avait-il dit. Les hauts fonctionnaires nommés par le président exercent à leur tour un contrôle total sur le reste de l’administration, entretenant la confusion entre l’État et le RDPC. Ils mobilisent ainsi les agents de l’État pour les mettre au service du parti. Pour les fonctionnaires ordinaires, la règle du jeu est simple et en général acceptée par tous: s’ils veulent voir leur carrière évoluer, avoir des privilèges ou jouir de protections, il leur faut faire allégeance au parti. Cette soumission a des contreparties: elle les oblige à participer financièrement et physiquement aux activités du RDPC. Chaque 6 novembre, date de l’anniversaire de l’arrivée au pouvoir de Biya, les administrations se vident: leurs agents, petits et grands, partent animer ou assister aux meetings organisés par le RDPC pour fêter l’événement. En 2010, ministres, secrétaires généraux de ministères, directeurs généraux d’entreprises publiques, parlementaires, recteurs et doyens d’université, directeurs de grandes écoles ont dû participer, sur leur temps de travail, à diverses activités organisées pour pousser les Camerounais à s’inscrire sur les listes électorales. En janvier 2011, beaucoup ont aussi déserté leurs bureaux pendant plusieurs jours pour se rendre, comme Biya, à Ébolowa (sud) au « comice agro-pastoral», un événement national. Le contrôle du parti présidentiel s’exerce aussi tout naturellement sur les grandes écoles publiques, dont les responsables sont aussi nommés par Biya, avec des retombées qui sont loin d’être négligeables: le RDPC peut ainsi formater l’esprit de tous les étudiants de l’École nationale d’administration (Énam) qui forme les hauts fonctionnaires et les magistrats. Le RDPC utilise aussi régulièrement les moyens matériels de l’État: les véhicules administratifs sont par exemple mis à contribution lors des campagnes électorales2. Les fonctionnaires qui participent à ces opérations sur le terrain sont rémunérésen frais de mission payés par leur administration d’origine. Les fonds des entreprises publiques et parapubliques sont aussi utilisés : les directeurs généraux décaissent de l’argent liquide ou font des dons en nature au RDPC, selon les besoins. En avril 2011, un quotidien a noté que les locaux du ministère délégué à la présidence chargé du Contrôle supérieur de l’État, normalement censé garantir la bonne gouvernance des biens publics, servaient régulièrement à abriter des réunions du RDPC3. Quelques années plus tôt, en 2006, les journalistes soulignaient que la commission de financement mise sur pied pour un congrès extraordinaire du parti était entièrement composée de directeurs d’entreprises publiques et parapubliques. Le RDPC a aussi les moyens de pousser les compagnies privées à financer ses activités : en échange, elles ont accès aux marchés publics via ses hauts fonctionnaires en poste ou bénéficient d’avantages fiscaux. Dans le sens contraire, un chef d’entreprise qui veut pouvoir fonctionner sans trop de difficultés ou avoir des ristournes se doit d’adhérer au parti. La pression sur les entrepreneurs s’est tout particulièrement accentuée depuis la restauration du multipartisme et la crise économique qui a privé le parti d’une partie de ses ressources traditionnelles. Depuis, le Comité central du RDPC compte parmi ses membres plusieurs gros entrepreneurs comme le milliardaire Victor Fotso, la femme d’affaires Françoise Foning, le négociant en cacao Jean Bernard Ndongo Essomba, l’industriel Joseph Kadji. Si administration et RDPC ne forment qu’un, la confusion est aussi complète entre la fonction de président de la République et celle de président du RDPC, que cumule Biya. Sont par exemple publiées sur le site Internet de la présidence de la République des décisions prises par Biya en tant que président du RDPC. En avril 2010, le journaliste Jean-Baptiste Sipa a déploré dans un éditorial « l’impossibilité de savoir si M. Biya prend ses décisions politiques en tant que président de la République ou en tant que président national de son parti »4. La mainmise du RDPC sur l’administration a évidemment des conséquences sur le vote des fonctionnaires: en 1992, dans le département du Mayo Kani (Nord), bon nombre d’entre eux ont voté pour le chef de l’État sortant, ycompris « ceux qui le critiquaient en privé, de crainte de perdre leur poste et leur salaire »5. À l’époque, le président de 1’UNDP (le parti de Bello Bouba Maigari qui venait d’obtenir 68 sièges de député) dans ce département était fonctionnaire à la préfecture. « Pour le “punir” de ses activités politiques, il fut muté, en 1991, dans la province de l’Est ». Le RDPC se sert aussi de l’argent de l’État pour financer sa politique de cooptation, utilisée pour neutraliser les potentiels contestataires et leaders d’opinion. Celle-ci vise notamment les chefs traditionnels qui représentent dans certaines régions, comme celle de l’Ouest, une autorité importante. Pendant la période de parti unique, leur soutien au pouvoir central en place était quasiment automatique: ils étaient membres de droit du bureau de la section du parti installée sur leur territoire de commandement. Avec le multipartisme, la donne a évidemment changé. Le RDPC doit déployer plus d’efforts qu’avant pour les garder dans son giron. En 1991, il a tout particulièrement veillé à les faire participer à la Conférence tripartite. Afin de les séduire, Biya s’est fait ensuite attribuer plusieurs titres traditionnels pendant la campagne électorale pour la présidentielle de1992. En 1997, lors de l’élection suivante, il s’est rendu chez le lamido du Rey-Bouba (nord), réputé régner en souverain absolu sur ses sujets. En 2003, plusieurs ministres et membres du RDPC sont aussi allés au palais du chef de ce royaume aux règles moyenâgeuses, s’agenouillant devant lui. Avant l’élection présidentielle de 2004, Biya a reçu des attributs traditionnelsla fin de l’année 2011, la présidence a organisé en 2010 une réunion de tous les chefs du pays. Avec ce « Premier forum des chefs traditionnels du Cameroun pour le développement auprès du chef de l’État, Son Excellence Paul Biya », les autorités ambitionnaient de créer un « Conseil national des chefs traditionnels du Cameroun », destiné à devenir un outil de contrôle des chefferies. Donnant le ton, le président de l’Assemblée nationale et lamido de Mada (nord), Djibril Cavaye Yeguié,  appelé les participants à « apporter tout leur soutien au président de la République, son excellence Paul Biya, pour une victoire à la prochaine élection présidentielle de 2011 ». Il leur a demandé aussi de « faire preuve de loyalisme envers l’État et de protéger les populations des manoeuvres de désinformation orchestrées par des individus animés par des desseins inavoués et qui veulent ternir l’image de notre pays ». Toujours dans la perspective de la présidentielle de 2011, Biya a été « intronisé » en janvier 2011 Nnom Ngui, c’est-à-dire « chef des chefs » chez les Beti, dans sa région d’origine, à l’occasion de la tenue à Ébolowa du Comice agro-pastoral9. « Nous lui avons donné tout le pouvoir. Il est tout puissant, au dessus de tout, c’est lui qui décide en dernier ressort », a assuré René Désiré Effa, président du « forum des chefs traditionnels de la région du Sud »10. Les jours suivants une polémique a cependant opposé les différents acteurs de l’évènement, tandis que de nombreux observateurs se montraient très critiques, laissant entrevoir un arrangement financier derrière l’attribution de ce titre traditionnel: certains collaborateurs du président l’ont visiblement acheté.

 

 

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Published by Aurelien lea marla
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essissima françois 30/07/2012 17:08

nous allons tout droit vers une guerre civile à la syrienne. le peuple d'un côté et l'armée de l'autre. vive le futur grand massacre que l'on n'ait jamais connu au cameroun. même les exécutions de
l'armée française pendant la guerre de libération de l'upc ne serront qu'un "petit détail" merci paul biya d'avoir gangrener mon pays. sache que l'histoire retiendra le mal que tu a fais à ce pays.

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