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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 12:54

Vu sur le net.

Billet d'un camerounais très en colère envers la chaine de radio - télévision nationale. La fameuse CRT. C'est à mourir de rire. lisez plutot.

"Il m'a fallu laisser passer un peu de temps pour pouvoir écrire ce billet. La vengeance dit-on est un plat qui se mange froid, Oui c'est d'une vengeance dont il est question. Pas contre un homme, ni une liane, mais toute une institution: la CRTV Ciartivi, la Cameroon Radio Television, la chaîne publique nationale du Cameroun, Royaume des Crevettes.


Il y a quelques semaines le peuple camerounais a vécu le match Cameroun vs Libye comptant pour les éliminatoires de la Coupe du Monde. Des amis m'ont proposé d'aller au stade. Mais vous savez, Mfandena c'est bien à l'entrée, mais c'est chaotique à la sortie. En outre, j'ai rarement (pour ne dire jamais) vu un stade où on vend de l'alcool fort pendant le match, où on fume de l'herbe au vu et au su de la police et où les gens s'asseyent partout au point de boucher les issues de secours. C'est cool question ambiance, mais je suis certain qu'un jour ça va mal finir. Bon, je laisse mon pessimisme au placard.

Donc, ce jour là hein? Je suis allé regarder le match dans mon bar que vous connaissez déjà, celui où il m'arrive plein d'histoires là. Si la plupart de mes compatriotes ont focalisé sur Eto'o et son vrai faux départ, sur le score ou le type qui a déboulé sur la pelouse, moi j'ai été horrifié par la qualité de la retransmission.

Sérieusement hein?

A la fin des années 80 on a eu une chaîne nationale. J'étais gosse, mais je me souviens des premières images. La venue du pape Jean Paul II en 1985 … Le salon de mes parents plein de têtes crépues scotchées devant le tube cathodique. Puis les années 90. Les feuilletons et séries TV, l'Orphelin, Beverly Hills, Silence on joue, Bertha la Folle, Japhet et Ginette, L'étoile de Noudi, la télévision était magique.

Puis on dirait que quelque chose s'est cassé. On est entré dans une phase de répétition, dans une espèce de marasme, qui se cachait mal. « Expression directe des partis politiques », les clips et odes à la gloire du Roi ou de la Reine, les documentaires animaliers mille fois rediffusés, « Délire » avec la même tête depuis des lustres, mais surtout les matches.

Sérieux il faut regarder un match à la Ciartivi pour comprendre où en est cette maison.

Un match à la Ciartivi, c'est d'abord l'avant-match.

Avant le match on a ces clips à la gloire des Lions, dégoulinants de vert-rouge-jaune et qui sont diffusés sur notre chaîne-mère durant des heures. Vive les Lions! Allez les Lions! Des illuminés? Non. Qu'on se qualifie, et vous verrez ces perroquets dans la délégation « culturelle » qui accompagne les Lions à grands frais.

Un match à la Ciartivi, c'est la guerre du style.

Oui il faut du style pour choisir ce mobilier hideux, ces panneaux en carton pâte ou contreplaqué, horriblement peints de fresques dont même un cimetière ne voudrait pas, ces fleurs tellement artificielles que ça se voit, ces… bref.

Regarder un match à la Ciartivi, c'est être vigilant. C'est savoir en clignant des yeux qu'on aura loupé l'action (jamais attendre l'hypothétique ralenti). Du coup, il faut rester concentré, comme au stade, car au stade non plus il n'y a pas d'écran donc, pas de ralenti.

Regarder un match à la CRTV, c'est écouter le kongossa des journalistes.

Studio : On nous annonce que les deux équipes sont en phase d'échauffement sur la pelouse.

Mais pourquoi nous on n'y va pas, pourquoi on n'a pas d'images de cet échauffement, juste ton kongossa hein M. le Journaliste?

Parce que...

Sur l'écran c'est la pub, la régionale d'Epargne, avec sa colombe qui ressemble à tout sauf à une colombe.

Un match sur la CRTV, c'est la célébration du bilinguisme

Un match sur la Ciartivi, c'est le journaliste anglophone qui veut argumenter, mais constate que le bilinguisme camerounais ne concerne que les documents administratifs et qui du coup se lance dans un argumentaire en français : Eto'o, s'il marque la but c'est bien pour Camarone non ?

Un match sur la Ciartivi, c'est presque des chiffres

Le match à la Ciartivi, c'est l'absence de statistiques, du coup, nos chers journalistes ont trouvé un palliatif, les adverbes : Eto'o a touché beaucoup de ballons et des néoglogismes : la pleinitude du stade montre qu'environ 40 000 Camerounais ont fait le déplacement.

Regarder un match à la Ciartivi, c'est se retrouver en pleine tour de Babel visuelle

C'est une aventure humaine, un Koh Lanta cathodique où on a besoin de son voisin pour vivre la rencontre jusqu'au bout.

Gars! Le Libyen qui qui a pris le carton jaune-là c'est qui?

Je ne sais pas. Lui il sait peut être.

Mbom! le joueur qui a pris le carton-là c'est qui.

Attends! mon voisin qui est allé pisser le connaît il va nous dire.

C'est d'ailleurs l'un des espaces d'expression de la cohésion et de l'esprit de consensus démocratique de notre pays.

Journaliste : Attention les Camerounais sur le ballon (un joueur, un peuple) il frappe, hou là là! Il s'en est fallu de peu.

La foule devant l'écran : qui a tiré? Makoun? Non, Makoun a un gros short. Eto'o? Non, Eto'o a de grandes oreilles. Bon, c'est Idrissou, c'est lui qui court comme cheval là.

Tout le monde : oui c'est Idrissou.

Lors du dernier match de nos Lions, on aurait dit que le plan d'ensemble était fait par un vidéaste, un amateur tout bonnement assis dans les tribune. Ballon où es-tu? Me voici! Sérieusement, c'est le personnel qualifié qui fait défaut ou c'est le matériel?

Et puis mi-temps. L'oiseau bizarre de la Régionale revient faire sa pub, puis on a les vendeurs de motos tueuses chinoises qui s'en mêlent, puis Tagne et Big Mop et la clique des établissements de transfert d'argent qu'on n'a pas…

Puis le laid plateau.

Et là on a, comme d'habitude, les consultants. Les sabitou du football, généralement d'accord sur tout, surtout sur la marque de la bière qu'ils vont avaler ensemble à l'issue du match et enfin, l'inévitable responsable de la communication, ou du desk marketing machin je ne sais quoi chez Orange, qui va se croire obligé de jouer au marabout en nous disant que les Lions vont gagner parce que Orange les soutient, sans oublier de rappeler, qu'il y a des parapluies chinois et des cartes de communication à gagner à l'issue de la tombola. Il va nous achever en répétant le tout dans un anglais forestier, bah oui! le Cameroun est bilingue, mais il faut le dire dans les deux langues.

Retour au stade omnisports Ahmadou Ahidjo! Sauf, que plantage… l'écran reste figé sur le front luisant de sueur du journaliste. Pour ne pas transpirer de honte, ce dernier rappelle la pub avec la phrase de passe à deux variantes : « Quelques soucis techniques avec le stade, nous allons prendre une page de pub ou le vieillot, l'homme a créé la machine, mais la machine a toujours fini par le trahir…. Beurk!!!. ou encore le On a perdu le satellite .. » (vous en aviez un d'abord?). La pub invoquée, on assiste derechef à un tour cathodique de l'oiseau désarticulé de la Régionale et hop! Sans prévenir nous revoici à Mfandena.

Le match devient intéressant quand à dix minutes de la fin, les Lions ne parviennent toujours pas à faire la différence ou pire, sont menés. Des trémolos dans la voix, au bord des larmes, le journaliste va se lancer dans un discours patriotique façon Chavez (c'était une spécialité de notre Jean Lambert Nang national) :

De Limbé à Nguélémendouka, de Yoko à Nord-Makombé, c'est tout un peuple qui attend cette délivrance qui tarde à venir….

En attendant, le même peuple attend toujours l'eau potable et l'électricité depuis trente ans hein?

Je m'arrête là sinon, je vais écrire un roman. Sérieux, je hais cette chaîne pourrie qui pompe une bonne partie de l'argent du contribuable camerounais depuis des décennies. Pour nous servir quoi ? Vingt six ans de frustration, de flou, de coupures, de mauvais cadrage, de loupés, de détournements, d'amateurisme. Qu'est ce qui leur manque? L'argent? Le personnel qualifié?

La CRTV est le symbole de l'immobilisme de ce pays. De ces gens, des vieux, des jeunes vieux, des vieux jeunes cooptés pour la plupart selon des procédés inavouables et qui ne veulent rien lâcher. Des vampires qui n'ont rien construit, qui vampirisent ce qu'ils ont trouvé, mais pire, qui ne veulent pas partir, qui ne veulent pas céder la place. Et ce bateau maudit, ce vaisseau fantôme, est toujours renfloué, et toujours un capitaine nommé sans que le précédent, ni ses lieutenants ne soient mis aux fers.

Détournements, vol, scandales, on le voit à la télé, mais jamais, au grand jamais ils ne sont inquiétés, jamais au grand jamais quelqu'un ne se lève pour faire cesser cette horrible mascarade . Mieux, on leur octroie des milliards, pour bâtir un nouveau monstre, une Ciartivi bis héritière à coup sûr des tares de sa génitrice. On prend les mêmes et on recommence presque trente ans que ça dure et purée, quelle image! Vive la Ciartivi, vive le Cameroun.

P.S : si toi aussi la CRTV t'es déjà énervé ou surpris, laisse nous un commentaire, déconstruisons ensemble ce mythe ce monstre, ce gros machin en métal qui n'existe que de nom.

Peace!"

© kamer kongossa : nguimbis

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